François Taillandier, Edmond Rostand, l'homme qui voulait bien faire

Publié le par calypso

 

 

A la veille de la Grande Guerre, Edmond Rostand est une superstar. Il a connu une ascension fulgurante, à moins de 30 ans, après le triomphe inouï de son Cyrano de Bergerac. Propulsé au cœur des mondanités du Paris de la Belle Epoque, élevé au rang de plume nationale, représenté dans le monde entier, il jouit d'un prestige sans égal.

Pourtant, il semble toujours avoir voulu fuir secrètement son rôle public, dans sa retraite basque au plus loin de Paris, dans un amour tardif et passionné, et aussi dans une continuelle dépression. Il prédira sa mort, conscient peut-être que la guerre met fin à une époque et qu'il sombre avec elle. La jeune génération littéraire l'oubliera bien vite.

Ce sont les failles de ce poète doutant - perpétuellement de lui-même, qui connut trop tôt la gloire et s'y brûla les ailes, qu'évoque François Taillandier, nous invitant à partager une fascination et une complicité qu'il éprouve depuis longtemps.

 

Edmond Rostand, l’homme qui voulait bien faire n’est pas simplement une biographie mais c’est aussi la déclaration d’un homme à un artiste qu’il admire. L’homme, c’est François Taillandier, ancien professeur de français, écrivain et chroniqueur pour la presse. L’artiste, c’est Edmond Rostand, l’auteur de Cyrano de Bergerac, célèbre mais à la fois méconnu. Ce livre a mûri, longtemps, l’auteur nous révèle qu’il s’était promis de l’écrire un jour, et nous avons aujourd’hui entre les mains un ouvrage passionnant qui serait susceptible de plaire à tous ceux qui s’intéressent de près ou de loin à la pièce phare d’Edmond Rostand ou tout simplement à l’univers du théâtre. Ici, ce n’est pas simplement la vie d’un écrivain qui est présentée mais surtout celle d’un dramaturge en devenir puis auréolé de succès. Ainsi, toutes les relations avec ses pairs sont disséquées et nous offrent une belle vision de ce qu’est la vie d’un dramaturge. Bien loin du romancier parfois solitaire qui s’isole pour écrire, Edmond Rostand compose pour et avec les autres, les comédiens notamment, à commencer par Coquelin qui se voit soumettre le texte de Cyrano de Bergerac au fur et à mesure de son écriture. Edmond, l’artiste, veut bien faire. Edmond, l’homme, aussi. Il restera cependant un rêveur incompris. François Taillandier nous livre avec passion de nombreuses anecdotes sur Edmond Rostand, j’en connaissais certaines, j’en ignorais d’autres (sa relation avec Anna de Noailles, l’insuccès de sa première pièce qui deviendra une comédie musicale à New-York…) et j’ai pris plaisir à les découvrir. J’ai apprécié également le fait que le biographe n’hésite pas à égratigner gentiment le talent de son idole, notamment lorsqu’il commente avec beaucoup d’humour un poème intitulé « Les cochons roses », on est bien loin alors de la tirade du nez. C’est un livre qui rend un bel hommage au poète qu’était Edmond Rostand, et tous ceux qui ont goûté à ses vers savent que l’hommage est amplement mérité.

 

Je remercie Babelio et les Editions de l'Observatoire qui m'ont permis de découvrir cette biographie.

 

 

L’œuvre en quelques mots…

 

« C’est un vrai comédien, Coquelin, Il sent ce qu’il a en lui. Il a le sentiment de n’avoir pas trouvé le rôle où s’exprimeraient toutes ses potentialités. Il comprend vite que le jeune Rostand lui donnera ce dont il rêve : du burlesque, des mots d’esprit, des rimes sonnantes, des morceaux de bravoure, mais aussi de l’émotion, à travers le pathétique de l’homme que sa laideur condamne à la solitude… Il aime ce défi enfin : émouvoir le public avec un personnage au nez grotesque – attribut qui n’est pas loin de la vieille commedia dell’arte aux mille masques. Il se sent de taille.

Edmond se met au travail. » (p.59-60)

 

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